On était des « Auvergnats de Paris ». On travaillait aux « Barreaux verts » : rue de Lappe, il y avait aussi « La Boule rouge », « Le Balajo », et des cafés en face… et tout ça, c’étaient des Auvergnats : des Aveyronnais et des Cantalous. Ça dansait les vendredis soirs, samedis après-midis, samedis soirs et dimanches après-midis.

Les Auvergnats de Paris au cœur de la vie parisienne
La semaine, on pouvait travailler dans plein de boîtes. On allait au bureau de placement : on faisait une place le jour et le soir, on faisait en une autre… On avait un rythme de fou, un rythme de dingo, à tel point qu’on ne tenait pas la route : on dégringolait dans les comptoirs ! Quand ça ne nous plaisait pas, on quittait la veste en plein service : « Je me casse, je vais chercher ailleurs ! » Et au bureau de placement, à tous les coups, on avait une place. Il y avait toujours du boulot : on n’est jamais restés sans rien faire.
Les Barreaux verts des années 60, le dancing des Auvergnats
A l’époque, c’était vraiment un beau dancing. C’était cossu : il y avait des beaux sièges en velours autour de la piste, de belles chaises. Le personnel était toujours le même : il y avait un vestiaire où une femme te prenait les vêtements, te donnait un ticket et te faisait payer : tu devais venir chercher ton manteau, c’était surveillé. Il y avait ceux qui faisaient les sandwiches… Et bien sûr l’orchestre : un bel orchestre qui jouait du paso, beaucoup de tango, des belles danses… et des danseurs ! Ah ! Les gars savaient danser. C’étaient des couples qui venaient, des gens de trente, quarante, cinquante ans… C’était plein tout le temps, plein comme un œuf, et c’était dans tous les dancings pareil. Chacun avait sa clientèle.
Une fois, il y a un client habitué qui rentre à toute allure : il ne s’est pas aperçu que la trappe de la cave devant le bar était ouverte, il tombe dedans… Branle-bas de combat ! Il a fallu aller le chercher : il n’allait pas trop mal, il s’est remis… mais punaise, il a fait un saut dans la cave !
Une époque pas si facile…
Aux « Barreaux Verts », le samedi soir, ça fermait tard : trois quatre heures du matin. Des fois, ça tournait quand même au vinaigre mais ça ne durait pas longtemps. Ils avaient la matraque et le nerf de bœuf dans le bar, et je te garantis que celui qui ne se tenait pas à carreaux, pouf pouf ! Le patron, un Pierrefortais, mettait ses deux mains sur le bar, il sautait le comptoir et il allait virer celui qui cherchait la bagarre. Le panier à salade passait devant la porte et hop ! on mettait les gars dedans. C’était tout de suite après la guerre d’Algérie, je te garantis que des fois, c’était très chaud. Ça tabassait dur à l’époque. D’ailleurs, on était à Paris quand il y a eu les manifs du boulevard Saint-Michel. Ah ! C’était une époque !

Que sont devenus les Barreaux verts ? Et la rue de Lappe ? Pour en savoir plus et cultiver la nostalgie, un article ici.
Vous connaissez des Auvergnats de Paris ? Vavez envie d’écrire votre itinéraire, celui de vos parents ou de vos grands-parents ? Je vous aide : rendez-vous sur la page dédiée à l’écriture biographique.

