Dans sa biographie, Josiane raconte sa vie de pied-noire : l’enfance à Alger, le départ avec sa famille, la vie en France. Cet extrait relate les événements qui ont changé son existence.
Avec les événements de 1954, la vie de Josiane, pied-noire, bascule
Tout avait commencé dès 1954, date à laquelle j’ai entendu la première bombe. J’étais à la maison. Au début, notre vie n’était pas directement menacée : comme je l’ai dit, nous n’avions personnellement aucun problème. Mais tout s’est très vite enchaîné et le danger est devenu de plus en plus tangible, de plus en plus présent.
D’abord, après l’école des filles, j’avais été reçue à un examen pour entrer à l’école ménagère.
« Tu n’y vas pas. Je ne le sens pas, m’a immédiatement dit Peres.
– Ah bon ? »
Je ne comprenais pas. Je l’ai écouté : je n’y suis pas allée. Il m’a sauvé la vie. Quelques temps après, des filles de l’école, de « petites mauresques », sont rentrées avec des cutters. Elles ont tué la jeune professeure étrangère et tout ce qui était français. J’aurais pu en faire partie.
Les femmes sont plus méchantes que les hommes : les jeunes se voilaient et s’organisaient. Elles, qui d’habitude ne fréquentaient pas les bars, rentraient avec un sac de sport, consommaient, traînaient un peu, repartaient… Puis tout explosait. Les choses ont commencé comme ça, puis se sont étendues. D’un côté comme de l’autre. Le sang coulait tellement !
Mon cousin aussi aurait pu perdre la vie. Il était chauffeur de car et vivait au deuxième étage d’un HLM, dans un autre quartier. Au troisième étage, vivait une musulmane qui était leur amie. Un jour elle descend, frappe à la porte :
« Rentre, lui dit ma cousine.
– Elisabeth, Jean travaille ce soir ?
– Oui !
– Elisabeth, ne le laisse pas partir ! Qu’il aille pas travailler !
– Ça va pas, ! répond ma cousine. Il va se faire virer !
– Ne le laisse pas partir ! », insistait Samia.
Mon cousin est donc resté à la maison. Ses heures ont été faites par un autre chauffeur. Dans le car, il y avait une bombe : tout a explosé.
Le choc de l’attaque de la grande poste d’Alger
Si je ne me suis jamais sentie directement ciblée ou en danger, j’ai assisté à une attaque qui m’a marquée à vie. Je la raconte avec une immense émotion.
Je rentrais à la maison. L’attaque avait lieu devant la grande poste, ce magnifique édifice en style arabe de l’angle de la rue Michelet et de la rue d’Isly. Les militaires, qui avaient l’ordre de tirer, ne faisaient pas de différence entre Arabes et Français. C’était un massacre. « Cessez le feu ! Cessez le feu ! » criait la TSF. Sur le grand escalier, j’ai vu un corps qui gisait, qui pissait le sang. La tête était à deux mètres. C’est la seule chose que j’ai vue.
Pied-noir(e) ou ancien d’Algérie, racontez-vous !
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